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Pour un numérique responsable ...

L'éco-conception numérique : exemples de documentation

L’éco-conception numérique : exemples de documentation

Si on devait résumer l’article en une phrase : en France, l’éco-conception numérique ne se prouve pas avec beaucoup de documents, mais avec les bons documents.

Le point clé est simple :

  • le RGESN 2024 pose 115 bonnes pratiques ;
  • la loi REEN pousse à mieux tracer les choix ;
  • et, côté données, la règle reste la même : ne prendre, ne garder et ne montrer que le minimum.

Autrement dit, je ne dois pas créer une pile de fichiers. Je dois garder des preuves utiles sur 4 sujets :

  • la gouvernance : qui décide, qui valide, qui suit ;
  • la conception technique : budget de performance, architecture, règles sur les données ;
  • la transparence : déclaration d’éco-conception, politique de confidentialité, cookies, messages dans l’interface ;
  • le suivi des risques : registre, tableau de bord, retrait des fonctions et suppression des données.

Il faut retenir aussi un point très concret : vous pouvez partir des livrables RGPD déjà en place – registre des traitements, AIPD, mentions légales, politique de cookies, déclaration de confidentialité – puis y ajouter ce qui manque pour l’éco-conception.

 

L’idée de fond : documenter ce qui aide à justifier, suivre et corriger.

Voici donc la version courte de ce qu’il faut garder :

BlocCe qu’il faut prouverExemples de documents
GouvernanceDécisions, rôles, objectifsMéthode, comptes-rendus, tableau des rôles
TechniqueLimites et choix de conceptionBudget de performance, fiche Privacy by Design, architecture
TransparenceCe que l’utilisateur voit et accepteDéclaration d’éco-conception, politique de confidentialité, cookies
SuiviRisques, mesures, retraitRegistre des risques, tableau de bord RGESN, plan de maintenance

En clair, moins de papier, plus de preuves utiles : c’est ce qui transforme une démarche de sobriété numérique en dossier vérifiable.

Les 4 blocs de documentation pour l'éco-conception numérique en France

Les 4 blocs de documentation pour l’éco-conception numérique en France

Ce qu’une bonne documentation doit couvrir dans un projet d’éco-conception numérique en France

Une bonne documentation doit montrer, noir sur blanc, pourquoi certains choix ont été faits. Le plus simple est de ranger ces preuves en quatre blocs : la gouvernance, la technique, la transparence et le suivi.

Dans la pratique, gardez une trace des décisions prises à chaque étape du projet. Inutile de repartir de zéro : appuyez-vous sur les livrables RGPD déjà en place, comme le registre des traitements, l’AIPD, les mentions légales, la politique de cookies et la déclaration de confidentialité.

Ces quatre blocs couvrent l’essentiel des preuves à garder dans un projet mené en France. Voici les documents à préparer selon le besoin.

DimensionContenu à documenterRéférence pratique
Minimisation des donnéesJustification de chaque donnée collectée, règles de durée de conservation et règles de suppressionRegistre des traitements, RGESN 1.6
Transparence et consentementInformation sur l’impact environnemental des fonctionnalités clés, contrôle des services tiers, gestion du consentement et absence d’interfaces trompeusesMentions légales, politique de cookies, déclaration de confidentialité, RGESN 4.14
Sobriété techniqueBudget de performance, technologies standard, interopérables et maintenables, formats ouvertsCahier des charges, compte-rendu de revue
Traçabilité des décisionsRevues de code, arbitrages UX/UI, stratégies de maintenance et procédures de dé-commissionnement des modules inutilisésMéthodologie, AIPD, RGESN 2.6
Indicateurs environnementauxConsommation électrique des serveurs, émissions de CO₂, poids des pages et temps de chargementOutils de mesure intégrés au suivi du projet

Pour éviter de produire une montagne de papiers, partez des pièces déjà rédigées par les équipes RGPD. L’idée est simple : reprendre les documents existants et y ajouter les preuves liées à l’éco-conception.

1. Gouvernance de l’éco-conception numérique

Pour commencer, la gouvernance pose le cadre et précise les preuves à garder. En clair, elle sert à montrer qui décide quoi, comment les choix sont faits, et ce qu’il faut conserver pour en garder une trace. Voici les documents de gouvernance à produire en priorité.

Le document de méthodologie ouvre le chantier. Il fixe la stratégie, les cibles, le référent éco-conception et les objectifs de réduction d’impact.

Ensuite, les comptes-rendus de réunions prennent le relais. Une fois la méthode posée, chaque réunion de lancement, de suivi et de clôture doit être consignée. Ces comptes-rendus gardent la trace des décisions, des arbitrages et des actions à suivre.

Puis vient le tableau de répartition des rôles. Cette traçabilité doit être rattachée à chaque rôle. Le tableau indique qui pilote, qui documente les choix techniques et qui valide les arbitrages.

FonctionResponsabilité documentaire
Chef de projetPiloter les objectifs et suivre l’avancement
IT / DéveloppeursDocumenter l’architecture et les choix techniques selon les exigences du RGESN
Parties prenantesValider les objectifs et les messages publics sur l’éco-conception

2. Éco-conception numérique : conception technique

Après la gouvernance, la documentation technique met noir sur blanc les choix qui limitent l’impact. À ce stade, on ne parle plus d’intentions. On parle de règles concrètes, contrôlables, et appliquées dans le cadre d’un numérique éthique.

Le budget de performance fixe un plafond de poids et de requêtes par écran. Chez Alt IMPACT (ADEME), l’équipe s’est donné une limite de 5 Mo et 50 requêtes par écran. Dit simplement : chaque écran a une limite à ne pas dépasser. Le même principe vaut aussi pour les données collectées, afin d’éviter d’accumuler plus d’informations que prévu.

La fiche Privacy by Design recense chaque donnée, sa raison d’être, sa durée de conservation et sa règle de purge. Chez un assureur français très connu, chaque champ de formulaire est examiné pour vérifier s’il est bien nécessaire. Et des purges automatiques suppriment les données prospects au bout de 36 mois. C’est un filtre simple : si une donnée n’a pas d’utilité claire, elle n’a pas sa place.

Les spécifications d’architecture fixent, elles, les choix d’hébergement, l’usage de composants natifs et la durée de vie des environnements. Par exemple, les environnements de recette peuvent être désactivés trois mois après la mise en production et ne sont relancés qu’en cas de besoin.

Ces éléments techniques servent ensuite de base à la transparence côté utilisateur.

3. Transparence envers les utilisateurs

Une fois les choix techniques arrêtés, il faut montrer à l’utilisateur ce qu’il voit et ce qu’il accepte. L’idée est simple : rendre ces choix lisibles, sans jargon. Trois pièces suffisent.

  • La déclaration d’éco-conception

C’est le document de référence pour attester la conformité au RGESN et préciser le critère 1.6 sur la collecte minimale et justifiée des données. En mars 2025, Equinoxe-Manche a publié une déclaration d’éco-conception avec un score de 95 % et l’usage de Matomo configuré selon l’exemption CNIL.

Cette politique indique quels traceurs sont gardés, lesquels sont exclus, et pour quelle raison. En janvier 2025, MAIF a intégré NIO, un outil interne open source qui centralise les préférences de contact ; les données analytiques sont conservées 25 mois maximum. Et ce n’est pas obligé de rester caché dans une page légale : ces règles peuvent aussi apparaître directement au bon endroit dans l’interface.

  • Les messages de sensibilisation contextuels

De courts encarts, placés à côté des fonctions les plus gourmandes, complètent la politique de confidentialité sans la remplacer. Exemple : près d’un lecteur vidéo, un encart peut recommander une résolution adaptée pour réduire l’impact. Ces éléments servent ensuite au suivi des risques et aux corrections.

4. Risques et suivi

Après la partie sur la transparence, il faut passer au pilotage des risques. L’idée est simple : garder peu de documents, mais des documents qui servent tous les jours. Trois supports passent en tête.

  • Le registre des risques : c’est le tableau central. Il relie chaque risque repéré à son effet sur l’éco-conception et sur les données personnelles. Un audit RGPD permet d’identifier ces points : un risque de sur-collecte alourdit le service et augmente l’exposition des utilisateurs. Chaque ligne doit préciser le responsable, l’action corrective et la date de révision. Le plus simple est de l’intégrer aux réunions de suivi et de clôture déjà en place.
  • Le tableau de bord RGESN : il permet de suivre l’avancement sur les piliers du référentiel, notamment l’architecture, les contenus et la couche serveur. En pratique, vous pouvez prévoir une version courte pour les parties prenantes et une version détaillée pour l’équipe. Le cycle PDCA relie les objectifs, les actions et les résultats. Ça aide à voir, noir sur blanc, la progression dans le temps.
  • La stratégie de maintenance et de retrait : ce document fixe le moment où les fonctionnalités obsolètes doivent être retirées, ainsi que la manière dont les données liées sont supprimées. Autrement dit, on évite de laisser traîner du code, des usages ou des données qui n’ont plus lieu d’être.

Ensuite, ces documents gagnent à être classés selon deux critères très concrets : l’effort demandé et l’utilité attendue.

Reste alors un vrai sujet de terrain : comment prioriser sans alourdir la production ?

Comment prioriser l’éco-conception numérique sans alourdir la production

Tous les documents n’ont pas le même poids. L’idée n’est pas d’empiler des fichiers “au cas où”, mais de garder ce qui prouve la conformité et ce qui aide à trancher au quotidien.

Commencez par le socle de conformité RGPD. Ensuite, ajoutez seulement les pièces utiles au pilotage de l’éco-conception. Cet ordre aide à limiter la charge documentaire.

DocumentPriorité
Registre des traitementsObligatoire
Politique de confidentialitéObligatoire
AIPDConditionnel
Méthodologie éco-conceptionOpérationnel
Budget de performanceTechnique

Le plus simple, c’est de centraliser les choix dans un seul document de méthode. Vous évitez ainsi les doublons, les versions qui se contredisent et les allers-retours sans fin. Appuyez-vous aussi sur les référentiels déjà en place plutôt que de repartir de zéro.

Pour la coordination, confiez le suivi au DPO ou au référent RGPD. Prévoyez aussi une revue régulière du dossier. Cela permet de garder une base à jour, sans transformer la documentation en usine à gaz.

Conclusion

Après la priorisation des documents, le sujet n’est plus d’en produire davantage. Il s’agit de produire ceux qui servent à prouver, suivre et piloter. La documentation d’éco-conception sert à justifier les choix faits, à suivre les impacts et à corriger ce qui doit l’être.

En France, le RGESN, les exigences de la CNIL et une revue PDCA menée à intervalles réguliers forment un cadre clair. Mais ce cadre ne vaut quelque chose que s’il aide à trancher sur des points précis.

Une bonne documentation doit répondre sans détour aux arbitrages clés, comme :

  • l’hébergement
  • le budget de performance
  • la collecte de données

L’exemple d’Alt IMPACT montre qu’une documentation rigoureuse permet des choix mesurables et publics.

Au final, la documentation transforme une ambition de sobriété en preuve vérifiable. C’est ce qui rend la sobriété numérique durable, mesurable et auditable.

FAQs

Quels documents sont indispensables ?

Pour prouver votre démarche d’éco-conception numérique et votre conformité au RGPD, il faut surtout pouvoir montrer des éléments concrets.

Côté RGPD, les pièces à avoir sous la main sont les suivantes :

  • le registre des activités de traitement ;
  • les AIPD si le risque est élevé ;
  • les mentions d’information ;
  • les contrats de sous-traitance ;
  • les mesures de sécurité documentées.

Pour l’éco-conception, la logique est la même : il faut des preuves écrites. Une déclaration conforme au RGESN, ainsi que la documentation des choix effectués, permettent de montrer que la démarche a bien été mise en place.

Comment réutiliser les livrables RGPD existants ?

Réutiliser vos livrables RGPD dans vos projets d’éco-conception aide à simplifier la gouvernance des données. L’idée est simple : organisez vos activités de traitement par objectif métier plutôt que par logiciel. C’est souvent plus clair, et surtout plus simple à faire vivre dans le temps quand les outils changent.

Dans le dossier de preuve du service numérique, regroupez les éléments déjà produits côté RGPD, comme :

  • les registres
  • les AIPD
  • les contrats de sous-traitance

Pensez aussi à garder des mentions d’information à jour. Elles doivent rester alignées avec les traitements en cours, sans décalage entre ce qui est déclaré et ce qui est fait.

Qui doit piloter cette documentation en interne ?

Le pilotage de la documentation liée à l’éco-conception numérique et à la conformité RGPD doit être confié à une personne clairement désignée, comme le Digital Ethics Officer ou un référent interne dédié.

Cette personne fait le lien entre les différents services, organise la collecte des informations, veille à la mise à jour régulière des documents et s’assure qu’ils restent alignés avec les exigences réglementaires.